Littérature... subversive !
Quand la littérature devient subversive…on se demande alors où en sont les libertés…
Offririez-vous ce livre à votre enfant, nièce, petite fille, voisine, filleul ?
Vous ne le connaissez pas ? Donc vous consultez un site internet qui vous apprend que « dans un parc, une femme noire, un chat vert et un drôle d’oiseau sans papiers d’identité se font arrêter par la police... Un jeune garçon semblant être "bien de chez nous" avoue, sans qu’on le lui ait demandé, ne pas avoir de papiers non plus, et monte dans le fourgon. Malin, il dénonce le soleil qui vient de l’est ; ni une ni deux, le policier l’enferme avec les autres... Tous ensemble, ils retrouvent le sourire, tandis que le policier se retrouve dans le noir... Tel est pris qui croyait prendre !
Une manière simple de dénoncer les abus d’un État obscurantiste et policier. » ( quatrième de couverture - Au Panier, éditions du Rouergue de Henri Meunier ).
Dans ce livre, Henri Meunier, cite un extrait de la Déclaration des droits de l’homme : "Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien et de revenir dans son pays."
Comme vous venez de voir Poutine à la télé, une émission sur l’Afghanistan, un autre sur les prisons américaines ou tout autre reportage de ce type, vous approuvez et commandez le livre.
Vous ne pensez bien évidemment pas à la France car ce matin vous êtes passé devant votre mairie, que vous y avez lu Liberté Egalité Fraternité, que vous avez bien dormi cette nuit sans avoir peur qu’une quelconque brigade sombre vienne vous arrêter arbitrairement, que vous venez de croiser un car de CRS sans avoir craint quoi que ce soit…
Et bien ne faites pas ce que Martine Vuaillat a tenté. Membre du Réseau éducation sans frontière (RESF), elle visite fréquemment le Centre de rétention administrative de l’aéroport Lyon-Saint-Exupéry, où sont retenus les étrangers en attente d'expulsion. Elle va y voir tout particulièrement les enfants. La semaine dernière, elle y a amené ce livre. La visite a pris alors une tournure inhabituelle… ( ce qui suit est extrait d’un reportage audio sur le site rue89, difficilement audible )
Par « provocation », ( c’est elle qui le dit ), elle a porté ce livre dans le centre. Au moment de sa sortie, on lui a dit, « On vous garde, le livre que vous avez porté est trop subversif. On va le montrer aux autorités… »Elle a exigé un reçu pour la retenue du livre… et on l’a laissé partir.
Martine Vuaillat a été invitée à ne plus se représenter au centre de rétention. Les Editions du Rouergue, éditeurs du livre, ont promis d'envoyer des livres chaque semaine au Centre de Rétention de Saint-Exupery. !
Ce qui est désolant, outre l’anecdote… c’est que des fonctionnaires, quels qu’ils soient, puissent ne pas être effarés de pouvoir accomplir ce qui est un acte de censure… digne d’un pays de l’Est ! Cela leur a naturellement semblé normal… tout comme de décréter persona non grata cette femme dans le centre administratif… On est tout à fait dans l’abus de pouvoir il me semble… Et l'utilisation du mot subversif... Provocant ici aurait été plus adéquat... Mais, alors, nombre de livres pour enfants qui parlent de tolérance, d'acception des autres doivent être aussi banis de ces lieux là ....
Certes, ce genre de comportement n’est que marginal… Tout comme les bavures, ce n’est pas là ni la règle ni la norme… Ce n’en n’est pas moins inacceptable….
Là encore, le blogueur ne peut que s’insurger, râler, pester… Vous, lecteurs, pouvez faire de même… Cela ne changera rien…
Et l’état actuel des mentalités, je le crains fort, ne fera que se multiplier ce genre de comportement.
Je ne saurai trop vous recommander la lecture d’un tout petit livre, presque un tract ( format mini, 3€ ) Garde à vue de Christophe Mercier où l’auteur, journaliste et écrivain, fait le compte rendu, sans ajout romanesque, d’une mésaventure désagréable qui lui est arrivée une nuit de la fin février 2007. « Vers deux heures du matin, à mi-parcours des dix-neuf heures pendant lesquelles je suis resté enfermé sans comprendre ce qu’il m’arrivait, la policière qui prenait ma déposition m’a dit – je ne sais toujours pas si elle faisait de l’humour – que ça me donnerait peut-être des idées pour un roman. Pour l’instant, je me contente de ne rien oublier.»
La lettre que sa mère a adressé aux autorités ( ministre de l’intérieur et Président de la République ) est d’une rare intelligence…
La France n’est pas la Russie ou un pays d’Afrique en déliquescence, c’est certain… Mais centimètre par centimètre, telle la falaise face à l’océan, des petits bouts de liberté régressent par moments… ( cf note du 8 mai )
Tant que ce n’est pas nous qui sommes concernés… nous ne réagissons pas… ou pas trop. Mais quand l’arbitraire nous touche, nous hurlons vite… et qui nous entend, nous qui n’avons pas entendu auparavant… ?
Le centre de rétention de Lyon est situé à l’aéroport Saint Exupéry… Quel dommage que l’on ne puisse y trouver que des livres « lus et approuvés » par une quelconque autorité. Tous les petits princes en partance qui s’y trouvent ne méritaient pas non plus cela !
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